Et mon fils 1

Par Anne Berthod (L'Express), publié le 24/11/2005

"Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer, le «revolver à six chapitres» que dégaine Frédéric Roux sur son passé, tape dans le mille

Il a dégommé son père (Mal de père), il a enterré le socialisme (Ring), il a fait feu sur le monde de l'édition (Contes de la littérature ordinaire): Frédéric Roux matraque ses sujets et assène ses livres comme des directs à l'estomac. A bientôt 60 ans, c'est avec son passé que l'écrivain de l'uppercut, auteur d'une biographie de Mike Tyson, a envie d'en (re)découdre. Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer met K-O en "six chapitres comme un revolver à six coups". On ne peut qu'admirer le carton de ce "né tué", re-né des cendres familiales en faisant sienne la tirade d'Agrippine: "Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille." 

Témoin son géniteur, premier dans sa ligne de mire: "A peine était-il mort que mon père a continué à nous emmerder." L'avantage de faire feu sur un cadavre? Il est plus facile de viser une cible immobile. Roué de reproches, ce tyran, magouilleur et grande gueule, est renvoyé dans les cordes avec ses satanées cylindrées et ses molosses de concours. Mais la raclée prise par ce "terrible enfoiré" n'est rien en comparaison de la dérouillée de "la casse-couilles", cette mère égoïste et narcissique, plus attachée à sa fabrique de pâtés qu'à son mal-aimé de fils. 

Ses parents? Ni paysans ni bourgeois, propriétaires fauchés avec une mentalité de petits-bourgeois, "du peuple sans en faire partie, puisqu'ils ne partageaient aucune de ses valeurs". Meurtri mais sans rancune, trop caustique pour être haineux, le fils, sans s'épargner, règle ses comptes avec son milieu. Le réquisitoire est d'autant plus implacable que la plume est impeccable. La gouaille intello de Roux fait mouche, son argot chic fait rire. Lui si prompt à dégainer les citations fait preuve d'un sens de la formule formidable. Roux à Guérinville (une balle du chargeur est pour sa ville natale), c'est un peu Fantasia chez les ploucs: la grand-mère alcoolo crache (son râtelier) de rire devant le catch, l'oncle smicard joue les inventeurs ratés, père et mère refont La Guerre des Rose. Sous l'amertume drolatique, sous la charge vacharde, la tendresse est plus poignante encore." 

Et mon fils 2

Essayiste et romancier, Frédéric Roux, également père et grand-père, est né en 1947 dans le Sud-Ouest de la France. Défenseur et théoricien de l’Art Modeste contre l’art contemporain, il est l’auteur d’une quinzaine de livres.

En 1999, il écrit une biographie remarquée de Myke Tyson intitulée Tyson, un cauchemar américain. En 2008, il publie son troisième roman, L’hiver indien, salué par la critique. Son style emprunte à la boxe, dont il est amateur - et qui nourrit certaines de ses oeuvres, l’art de l’esquive et du déplacement, de son engagement il tire la force, et le goût, certain, pour la polémique - qui se confond chez Frédéric Roux avec un goût immodéré pour la liberté de parole et de pensée.

Pour ce livre, on ne cesse de comparer Frédéric Roux aux plus grands écrivains américains. A commencer par cette passion pour la boxe et pour la parole libre, au risque de tracer une image réductrice de l’auteur, ca n’est tout de même pas sans rappeler Hemingway ou Bukowski...

Ce livre est signalé "coup de coeur" à la bibliothèque de la Part-Dieu, et c'est ce qui m'a incité à le prendre. Bonne pioche, il m'a enthousiasmé dès la première phrase, que j'ai reçu effectivement comme un coup de poing.......le premier d'une succession d'autres,  percutant, certes mais qui ne mettent jamais KO, tant l'humour, l'humanité, la tendresse débordent à chaque page.

Une excellente découverte dont je remercie les bibliothécaires.........