imagesCe n'est pas un roman, ni un "policier", mais cela se lit tout comme.

Un livre qui vous parle de sciences économiques autrement qu'avec des équations et des raisonnements ennuyeux. Il vous fera comprendre, entre autres, pourquoi Dominique SEUX et Bernard MARIS "se disputent" sur France-Inter, et vous y verrez plus clair dans les débats.

Parfaitement bien écrit, vous comprendrez facilement une science complexe!

Voilà ce qu'en dit Christian CHAVAGNEUX, rédacteur en chef adjoint d'ALTERNATIVES ECONOMIQUES:

"Chômage, dette, mondialisation, retraites, environnement. Comment se fait-il que les économistes se déchirent sur ces questions ? Eux qui se réclament de la « science économique », ne disposent-ils pas d’instruments leur permettant d’apporter des réponses à ces questions si pressantes ? La thèse de ce livre est que les économistes ne sont pas seulement limités par la complexité de la réalité ou par l’impossibilité de prévoir le futur. En fait, si les débats entre économistes sont si âpres, c’est parce qu’ils se représentent différemment l’économie – parfois sans même s’en rendre compte. L’ouvrage retient quatre représentations ou visions de l’économie : l’économie comme marché, comme circuit, comme système de pouvoir, ou comme sous-ensemble de la nature et de la société. Connaître les fondements de la pensée économique c’est donc comprendre que la « réalité » économique ne se donne jamais immédiatement à voir, mais doit être saisie à travers divers modes de représentation.

Enseignant à l’université Paris VIII-Saint-Denis et collaborateur régulier d’Alternatives Économiques, Gilles Raveaud fait œuvre d’une grande pédagogie avec ce petit livre qui se lit d’une traite.

Il y présente les quatre grandes approches de l’économie qui lui semblent refléter les débats en cours entre les spécialistes de la “science lugubre”. Par une succession de chapitres concis et clairs, le lecteur débutant pourra se familiariser avec les concepts clés d’analyse, initiés par Adam Smith (le marché et son fonctionnement), John Maynard Keynes (le circuit économique et ses dysfonctionnements), Karl Marx (le rôle des rapports de force et du pouvoir) et Karl Polanyi (une approche environnementale et humaine).

Et l’auteur n’oublie pas, à chaque fois et en conclusion, de faire le lien avec les débats économiques contemporains afin de bien ancrer les concepts dans la situation économique actuelle.

Gilles Raveaud n’hésite pas à dire où va sa préférence : une réflexion économique idéale qui imbriquerait John Maynard Keynes, Karl Marx et Karl Polanyi, une alternative aux explications du monde centrées uniquement sur le marché.

Surtout, il nous montre qu’il n’y a pas une “science” économique, mais des approches différentes et utiles pour comprendre le monde dans lequel nous vivons."

Une interview de l'auteur:

Pour mieux comprendre « la dispute des économistes »

Les économistes se déchirent sur toutes les questions – chômage, dette, mondialisation, retraites,environnement –, alors que tous et toutes se réclament de la «science économique». ne disposent-ils pas d’instruments leur permettant d’apporter des réponses à ces questions si pressantes?

La thèse de l’ouvrage de gilles raveaud est que les économistes ne sont pas seulement limités par la complexité de la réalité ou par l’impossibilité de prévoir le futur. En fait, si les débats entre économistes sont si âpres, c’est parce qu’ils se représentent différemment l’économie… parfois sans même s’en rendre compte.

L’Agefi (1): comment expliquer la domination persistante de la pensée libérale, que la crise avait pourtant remise en cause?

gilles raveaud:: La résistance de l’approche libérale tient d’abord au fait qu’elle se trouve du côté des puissants, comme les grandes entreprises. Mais les choses ne sont pas si simples. Par exemple, les entreprises soutiennent les mesures qui les protègent de la concurrence, comme le protectionnisme. En réalité, si le libéralisme a la peau si dure, c’est surtout parce qu’il est ancré dans les têtes. C’est bien sûr le cas dans les prestigieuses universités, à l’OCDE, au FMi ou à la Commission européenne. Mais le mal est plus profond: bien des citoyens pensent que l’économie c’est un grand marché, qu’il existe des «lois» de l’économie qui s’imposent à nous.

Existe-t-il, selon vous, des alternatives?

De nombreuses! il suffit de lire les économistes passés ou contemporains pour s’apercevoir de la richesse de la discipline. Pour ma part, j’ai retenu trois visions alternatives. Tout d’abord celle de John Maynard Keynes, pour qui le marché ne peut garantir le plein-emploi, et même menacer la démocratie et la paix, comme dans le années 1930. il faut donc que l’État intervienne pour organiser l’investissement et «euthanasier» les rentiers. Ensuite Karl Marx, qui critique le capitalisme pour son inefficacité (lesgaspillages), son instabilité (les crises) et son caractère injuste (l’exploitation). il s’agit alors de reconquérir les moyens de production, par le contrôle de la finance, l’autogestion des entreprises, et la nationalisation des secteurs clés de l’économie. Enfin,une dernière approche, en rupture avec les trois précédentes, est celle de Karl Polanyi, qui propose de «ré-encastrer» l’économie,afin de la subordonner à nouveau aux besoins des hommes, de la société et de la nature.

Ces différentes approches s’excluent-elles? Ou sont-elles complémentaires?

Chacune de ces approches a quelque chose à nous apprendre.Ainsi, à propos de la crise actuelle, les libéraux soulignent que les taux d’intérêt ont été manipulés par les autorités américaines afin d’encourager l’endettement des ménages, avec les résultats que l’on sait. Les keynésiens soulignent, de leur côté, la stagnation des salaires qui alimente le sous-investissement chronique des entreprises. Pour les marxistes, le facteur premier de la crise est la mondialisation financière qui exerce une pression insoutenable sur les entreprises et les salariés, et conduit à la surproduction. Enfin, l’approche humaine et environnementale pointe que le mode de développement actuel épuise les ressources naturelles, dégrade la qualité des relations humaines, cause de multiples maladies… il est donc possible d’utiliser ces quatre représentations pour mieux comprendre un phénomène. Cependant,à un niveau plus fondamental, chacune de ces représentations engage une vision du monde. Chacun de nous, du fait de l’éducation qu’il a reçue à l’école, en famille ou par la presse, partagespontanément telle ou telle représentation (y compris d’autres que je n’ai pas retenues, comme les approches religieuses, féministes…). Ce n’est pas un problème, au contraire. Simplement,pour que la discussion soit possible, il faut que cette pluralité des représentations, ainsi que leur égale pertinence, soit reconnues.

Quelle issue possible à la crise actuelle…?

Keynes l’avait déjà dit: «La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, c’est d’échapper aux idées anciennes». Le dramed’aujourd’hui, c’est que tous nos dirigeants sont prisonniers de cette vision du monde dépassée, le libéralisme.Le changement de représentation est pourtant nécessaire. À court terme, nous devrions suivre Keynes sur la nécessaire redistribution des richesses et Marx sur le contrôle des secteurs fondamentaux de l’économie. Mais, plus fondamentalement, la voie à suivre nous est donnée par Karl Polanyi. L’économie doit redevenir vivable, dans tous les sens du terme. Et c’est possible ! Les expériences fourmillent de par le monde, des maisons de retraite autogérées aux monnaies locales, en passant par les circuits courts dans l’agriculture. il suffit de le vouloir. 

Propos recueillis par Alain-Max Guénette,

IMSI, HEG Arc

(1) AGEFI Quotidien de l’Agence Economique et Financière à Genève (Suisse)

La dispute des économistes Éditions LE BORD DE L’EAU, collection 3eCulture Janv. 2013, 100 pages

téléchargement

Gilles Raveaud

Enseigne l’économie à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8 – Saint-Denis.

1973. Naissance à Lyon.

2000. Co-fondation du Mouvement étudiant de réforme de l’enseignement de l’économie.

2004. Thèse de doctorat, «Économie politique de la stratégie européenne pour l’emploi».

2005-2007. Post-doctorat à l’Université Harvard.

2007. Chroniqueur associé à Alternatives Economiques.

Après sa thèse à l'université Paris 10 Nanterre, il a effectué un post-doctorat à l'université Harvard (Etats-Unis). Il a contribué aux ouvrages Petit Bréviaire des idées reçues en économie (La Découverte) et Douze économistes contre le projet de constitution européenne (L'Harmattan). Il est membre du comité de rédaction de la revue L'Economie Politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.