Joyce_Carol_Oates-webL'article paru dans Le Progrès de Lyon (voir ci-dessous) m'a donné envie de connaître cette auteure, dont j'ignorai l'existance.

J'ai très vite été déroutée par la lecture de ce livre. La narration est entrecoupée de citations, considérations philosophiques, politiques (ex. long développement sur la difficulté pour une femme d'être présidente d'une université) et/ou des rappels à des évènements biographiques révolus de l'héroïne M.R. Il y a des nombreux passages en italique et je n'ai pas saisi le sens de ce changement de typographie: réel, et imaginaire, onirique? sûrement mais pas seulement. L'entrée dans le lire n'est pas facile, mais peu à peu la lecture se fluidifie et j'ai pris un réel plaisir. Si l'on peut s'exprimer ainsi tant l'histoire est terrifiante et le climat oppressant: la Black Snake, sa boue, le Roi des Corbeaux dont la présence ponctue les épisodes de la vie de M.R. La fin du livre égare le lecteur ...

En refermant ce livre j'ai eu comme un goût d'inachevé, mais je ne le condamme pas pour autant tant il est surprenant et interrogatif. 

"Lorsque vous lisez, le livre pénètre votre âme, et vous êtes à l'intérieur du livre" J.C; Oates 

Article de Françoise MONNET paru dans Le  Progrès de Lyon (fin 2013):

Joyce Carol OATES enfin prix Nobel de littérature? On vote pour!

"MUDWOMAN". Son dernier roman est un bijou. Comme le précédent, et celui d'avant... Si doux, si violents.

Et si pour une fois, Nobel rimait avec Noël, et que le plus beau cadeau fait aux lecteurs était de récompenser un auteur exigent et populaire à la fois, étonnamment prolixte et à chaque fois surprenant, femme de surcroît : l'Américaine Joyce Carol OATES, 75 ans, si menus, si gothique, dont il se murmure qu'elle partage le dernier carré de prétendants avec (hélas pour elle) Haruki MURAKAMI. Verdict dans la semaine..."Mudwoman" sorti la semaine dernière, est un indispensable pavé comme l'écrivain en commet environ deux par an, dense et émouvant, à la mécanique précise et l'écriture puissante, originale, lyrique. Ici, une histoire de résilience : une petite fille abandonnée dans la boue (d'où le titre, " la femme de la boue"), laissée pour morte, puis adoptée et qui devient présidente d'université. Mais un jour, le passé lui saute au visage... Comme dans "Petit oiseau du ciel", le précédent bientôt publié en poche, et d'autres titres avant ceux là ("Mère disparue", "Confession d'un gang de filles", etc) l'ntrigue part d'un fait divers (Mme OATES écrit aussi des polars) pour se déployer comme un conte de fées, ample et impitoyable. On en ressort sonné, et on attend fébrilement le suivant...) 

Editions Philippe Reys, 576 pages 

Ci-dessous la critique Télérama:

Abandonnée enfant dans les marais par sa mère, une brillante universitaire est rongée par ses souvenirs. Un thème qui hante l'œuvre de l'écrivaine.

Dans la profusion des romans et des nouvelles que Joyce Carol Oates publie plusieurs fois par an, celui-ci est un bon cru. L'image de départ est apparue à l'auteure au cours d'un rêve : le visage d'une femme couvert de maquillage se craquelant comme de la terre. Mudwoman était née, alias M.R. Neukirchen, abandonnée dans la boue par sa mère à demi-folle à l'âge de 3 ans. Et, quarante ans plus tard, première fem­me présidente d'une université américaine, enfant sauvage à la tête du tem­ple du savoir, aux prises avec ce traumatisme originel refoulé qui lui ­rejaillit à la figure à la faveur d'un discours qu'elle doit prononcer sur les lieux du crime.

De cette vie morcelée, volée à la mort que sa mère lui destinait dans les marais, l'héroïne livre les débris épars, dans un récit plein de lignes de fuite et d'images cauchemardesques. Ces dernières font partie des plus beaux moments du livre, sans doute à cause de l'origine onirique de l'inspiration de Joyce Carol Oates, jamais meilleure que quand elle laisse libre cours aux sensations physiques et décrit l'effroi devant l'aphasie, la pesanteur du corps qui ne trouve plus les mots. Durant toute son existence, M.R. lutte contre une tendance somnambulique née du choc de son abandon. Cette façon de s'avancer « à l'aveuglette » vers son destin donne au livre une torpeur nauséeuse saisissante et ajoute un beau personnage dans la galerie des épaves ravagées qui peuplent les romans de J.C.O.

Le 21/12/2013 - Mise à jour le 17/12/2013 à 16h55
Marine Landrot - Telerama n° 3336