En 2005 , dans  "Les quatre saisons de Mohawk" Richard RUSSO avait raconté son enfance et tout particulièrement ses relations avec son père.

"AILLEURS" est une autobiographie de R.RUSSO ou le personnage central est sa mère:"Et plus tard adolescent, combien de fois avais-je classé cette terrible idée: il y avait peut-être un truc qui clochait chez ma mère?. Maintenant , pour la première fois, je découvrais à quel point j'avais été seul avec mes peurs et mes soupçons, combien je m'étais senti abandonné avec le fardeau de ce savoir d'adulte auquel je n'aurais pas dû avoir droit"  

Une mère pathologique et toxique:"Elle ne nous [l'auteur et sa mère] avait jamais considérés comme deux personnes distinctes, mais plutôt comme une entité unique, bizarrement séparés par le temps et le sexe, tels deux jumeaux nés à vingt-cinq ans d'écart et faits, d'une manière étrange, pour partager un même destin";

L'auteur en dépit de son mariage et de ses deux filles aura le souci constant de cette mère impossible, sans pourtant qu'il en soit  traumatisé :"Bizarrement, sans en avoir l'intention, j'avais découvert comment transformer l'obsession et ce que ma grand-mère appelait le pur esprit de contradiction - des traits de caractère qui avaient poursuivis mes deux parents et les avaient entrainés dans des ennuis sans fin- à mon avantage".

"Je ne reproche rien à ma mère, et certainement pas son malheur permanent, pas plus que je ne suis fier d'avoir réussi à transformer ces mêmes traits de caractère génétiques, qui la tourmantaient - l'entêtement, la méfiance, un comportement obsesionnel, un excès de volonté, le besoin potentiellement dangereux de voir les choses à ma façon- en une carrière riche et satisfaisante".

ll reste la culpabilité: "j'étais toujours là, certes, mais pour moi, cela voulait dire toujours échouer, ne jamais réussir à la guérir de sa maladie"...."je luis donnais ce qu'elle réclamait, mais pas ce dont elle avait besoin"

Et ce constant amer de l'auteur qui revisite son enfance:" Une des réalités les plus tristes de l'enfance est que les enfants, qui manquent de l'expérience nécesaire pour juger, ne peuvent pas savoir si une chose est anormale ou contre nature si un adulte ne leur dit pas".

Un témoignage poignant ancré dans la vie en Amérique et tout particulièrement GLOVERSVILLE et ses tanneries.

Ci-dessous  la critique de TELERAMA:

De ce récit signé Richard Russo, le romancier talentueux du Déclin de l'empire Whiting, des Sortilèges du cap Cod, on ne saurait mieux dire qu'il est une autobiographie et une biographie mêlées – enchevêtrées, dangereusement inextricables, l'autobiographie de l'écrivain et la biographie de Jean Russo, sa mère. Comment la forme d'Ailleurs aurait-elle pu être autre, puisque c'est cela précisément que raconte Richard Russo : un lien inextricable, contraint et tendre, fusionnel et hautement toxique, un esclavage qui ne dit pas son nom, une emprise puissante et perverse comme un joug, celle exercée des décennies durant par une mère sur son fils – comme « deux petits pois dans une même cosse génétique » –, et que ce dernier met ici à plat, bravant le chagrin et la peur de trahir.

Remontant le fil des décennies pour raconter leur existence commune, à Jean et lui, depuis l'enfance à Gloversville, petite ville industrieuse au nord de New York, jusqu'à la vieillesse de Jean et sa mort, Richard Russo entreprend de tracer peu à peu le portrait de cette mère fière, autoritaire, abusive, obsessionnelle, malade – « L'état de ma mère. Une chose dont toute la famille semblait avoir conscience, mais dont personne ne parlait. Un seul mot, les nerfs, était jugé suffisant, apparemment, pour décrire cataloguer, stigmatiser et écarter la question » –, qui lui fut tout ensemble une assise et un fardeau. Et qu'il regarde en ces pages, gravement, presque avec froideur par instants, se débattre avec son orgueil, son narcissisme immense et ses détresses. Pour finalement lui dresser un tombeau subtil et poignant, qui ne nie rien des souffrances endurées par l'un et l'autre – la démence de la mère, la culpabilité du fils.

Le 21/12/2013 - Mise à jour le 17/12/2013 à 16h51
Nathalie Crom - Telerama n° 3336