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Par MARINE DE LA HORIE

 la une du Point.fr

Rien ni personne ne résiste à Lucia Etxebarria. Aucun public, aucun genre, aucun format littéraire.Nada. Entre chick lit (Sex - Love Addicts, Je ne souffrirai plus par amour) et prix littéraires prestigieux (Un miracle en équilibre, Beatriz et les corps célestes), entre blockbusters (Amour, Prozac et autres curiosités) et essais alternatifs, la pétillante Madrilène navigue avec panache. Insubmersible. Avec Le contenu du silence, elle se frotte à un nouvel exercice littéraire, le psycho polar. Et non pas le polar psycho : car, s'il y a bel et bien crime, victime(s) et coupable(s), on se moque pas mal de résoudre l'enquête. Ce qui fait ronger les ongles et tourner les pages, c'est l'intrigue psychologique. Travaillée patiemment par une Etxebarria archéologue de l'intime, cette mécanique ne s'enraye jamais. Fuerteventura et Lanzarote, Tenerife. Mer, falaises, vagues, soleil. 

Dans ce décor d'Olympe, il y a des surfeurs, de riches résidents étrangers, quelques touristes, et une dizaine de milliers d'adeptes de sectes dites "destructives". L'archipel des Canaries, "c'est la Mecque des mouvements religieux sectaires ", écrit Etxebarria. Cela fait dix ans que Gabriel est sans nouvelles de sa soeur Cordelia, personnage etxebarrien pur jus - à la fois fragile et fatale. Un jour, il reçoit un appel lui disant que Cordelia est l'une des victimes présumées du suicide collectif des membres de la secte Thule Solaris, à Tenerife. Gabriel quitte Londres sur-le-champ pour retrouver Cordelia, avec l'aide d'Helena, (très) proche amie de sa soeur. Sexe, amour et séduction sont de passage dans le livre, un peu attendus parfois - entre Helena et Gabriel - ou fangeux - entre le frère et la soeur ; mais, comme l'enquête, la romance ne semble être qu'un levier de plus au service de l'écheveau psychologique. Une fille qui, après avoir masturbé un frère qu'elle adorait, se retrouve seule, sans parents, mais avec une "tantâtre ", avant de sombrer dans une secte néonazie, le tout en virant bisexuelle, voilà un joli chantier psychologique et romanesque. Le terrain d'écriture idéal pour Etxebarria, qui raffole des psychés subversives et abîmées. Et un terrain de lecture captivant pour le lecteur, qui analyse, interprète, déchiffre à l'envi l'histoire, les fantômes et les carences affectives de ces spécimens imaginaires intenses, petites perles de héros tourmentés. 

"Le contenu du silence", de Lucia Etxebarria. Traduit de l'espagnol par Nicolas Véron (Héloïse d'Ormesson, 398 p., 23 E).

Je me suis plue dans l'univers étrange de l'auteure et l'intrigue m'a tenue collée au livre.J'ai aussi beaucoup appris sur Ténérif. Un extrait du livre ci-dessous:

"Chez beaucoup de jeunes, l'influence des drogues et de la tradition est tellement forte, la peu rest tellemnt grande de se sentir rejeté, ou ridicule, ou indigne, ou ingrat, le poids des responsablilités tellement écrasant sitôt qu'ils essaient de prendre leur autonomie, leur ignorance tellement profone à force d'avoir entendu toute leur vie tous ces mensonges sur le passé ou le présent, qu'ils ont rarement le courage pour s'affirmer, pour manifester leur volonté à eux, leurs idées, leurs désirs, leurs fantasmes"