carthageJe n'ai pas lâché ce livre, qui m'a tenu en haleine, tout au long de ma lecture.

Impossible de prendre quelques notes...

C'est un véritable roman policier! 

L'auteure ne peut s'empêcher comme dans MUDWOMEN de vous faire frissonner d'horreur....ici c'est la visite d'un pénitencier et de son couloir de la mort. Mais répulsion et fascination se congugent souvent ensemble!

En me plongeant dans ce livre je me disais que je n'arriverais pas au bout. Erreur...

 

 

Au coeur de « Carthage », avec Joyce Carol Oates 

Frédérique Humblot - Les Echos | Le 19/10/2015

On ne sait jamais quelle aventure littéraire se prépare lorsqu'on ouvre un livre de Joyce Carol Oates, tant sa manière de sonder l'âme humaine nous emmène sur des chemins d'elle seule connus. Cette fois, c'est à Carthage, petite ville de l'Etat de New York, que s'ouvre le roman, par une battue dans les broussailles d'une forêt pour retrouver une jeune fille disparue, Cressida Mayfield.

Nous sommes en 2005. Cressida a dix-neuf ans et c'est un peu le canard boiteux de la famille Mayfield, vaillants représentants de la classe moyenne supérieure américaine. Le père, la cinquantaine, est avocat, ancien élu de Carthage, plutôt de sensibilité démocrate. La mère, Arlette, femme au foyer, s'adonne aux bonnes oeuvres. Quant aux deux soeurs, Juliet est « la jolie », douce, aimable et populaire, et Cressida « l'intelligente », garçon manqué, acide, solitaire... et « moche ». La disparue. Vue pour la dernière fois en compagnie d'un jeune caporal, Brett Kincaid, ancien fiancé de sa soeur.

Lui aussi est un gentil garçon, aimable et bon chrétien. Engagé dans l'armée américaine par idéalisme, il n'est cependant plus le même depuis son retour d'Irak, où il a été grièvement blessé. Les séquelles sont autant physiques que psychologiques. La battue ne donnera rien. Le caporal, hanté par des scènes d'exactions et de tortures à l'encontre de civils irakiens, avouera le meurtre de Cressida. Pourtant, sept ans plus tard, une autre vérité se fait jour, qui plonge ses racines dans la rivalité de toujours entre les deux soeurs, « la jolie et la moche ».

Terrible noyau documentaire

Quand la première parcelle de lumière éclate, c'est au terme d'une bonne cinquantaine de pages consacrées au centre pénitentiaire de haute sécurité d'Orion, en Floride. Une visite guidée réservée à des professeurs, éducateurs ou travailleurs sociaux, effectuée sous la houlette d'un lieutenant narquois, dont la faconde masque mal l'inclination sadique. De même que ses visiteurs-otages ne peuvent échapper au parcours qui les emmène vers le couloir de la mort et la chambre d'exécution, clou de la visite, de même le lecteur parvenu au coeur du roman découvre ce noyau documentaire à la force brute enserré dans l'intrigue.

Les yeux dessillés sur l'enfer carcéral, on aborde le virage qui verra une nouvelle fois la vie des Mayfield bouleversée. Et Joyce Carol Oates prouve encore, s'il en était besoin, sa maîtrise dans l'art de pointer les maux de l'Amérique et, au-delà, l'ambivalence de la condition humaine.

Frédérique Humblot

de Joyce Carol OatesTraduit par Paul SebanEditions Philippe Rey, 593 pages, 24,50 euros.