CERCLE LECTURE JEAN MACE

12 janvier 2017

La Grande Arche, Laurence Cossé

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Un petit livre qui se dévore. Il nous fait connaître les "dessous" de la construction d'un monument public, l'implication des politiques, les relations avec l'architecte.

En plus de l'édification du monument c'est la découverte d'un architecte singulier, Johan Otto von Spreckelsen, que tout le monde appelé Spreck, par commodité, qui m'a faciné dans ce récit. Comment la candidature de cet architect danois, de deux églises a été  extraite de celles des plus prestigieux cabinets d'architectes ?

Comment la tenacité de certains est venue à bout des luttes F. Mitterand, J. Chirac, R. Lion le puissant Directeur de la Caisse des Dépots et Consignation, le ministre et les Services de l'Equipement.....une véritable épopée que l'auteur nous dévoile, après avoir interviewvé les acteurs de l' époque.

"Il n'empêche que l'Arche a quelquechose de sacré. L'artiste n'est pas seul au commandes et, de même que le lecteur coécrit le roman avec son auteur, le passant qui s'approche de l'Arche est sensible à la grandeur spirituelle, grandeur qu'il projette largement, peut êtr : mais c'est que l'artiste a appelé cette projetion".

Si la destination d'une construction est le plus souvent connue, celle de la Grande Arche ne l'était pas : bureaux, centre d'affaires, autres? ....et ce débat va devenir omniprésent au fur et à mesure de l'avancement des travaux et surtout de leurs financement.

"Speck qui ignorait tout de la technique, ne voulait pas en connaître les contraintes et ne s'intéressait qu'au sens, à la symbolique et à la beauté du Cube" (nom donné initialement à la Grande Arche)

Laurence Cossé

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Naissance 1950    

Laurence Cossé, née en 1950 à Boulogne-Billancourt, est une écrivaine française, auteure de romans, de nouvelles et de pièces  de théâtre

 

 

Biographie[Laurence Cossé a été journaliste, critique littéraire (Le Quotidien de Paris) et producteur-délégué sur la station de radio France Culture. Dans ce cadre, elle a notamment réalisé des entretiens avec Andreï Tarkovski, Jorge Luis Borges, ou Suzanne Lilar.

Elle a publié une douzaine de romans et un recueil de nouvelles, principalement aux éditions Gallimard. Sa pièce de théâtre La Terre des folles a été créée à Bruxelles en 2005 et transcrite sous la forme d’un oratorio pour chœur et orchestre créé en 2002 à Guebwiller.

 

Commentaires de Sibille Vincendon :

Curieusement, les architectes sont peu entrés dans la fiction. Pas souvent héros de films, absents dans la littérature. La profession ne manque pourtant pas de figures un rien allumées à bonne teneur romanesque, sans compter les rebondissements de chantiers qui évitent l’ennui au lecteur. Est-ce pour cela que, face au roman dans lequel Laurence Cossé raconte l’histoire de la Grande Arche de La Défense, on se dit : bon sang mais c’est bien sûr ? Le récit de la construction de ce monument, l’un des grands travaux voulus par François Mitterrand, dessiné en 1982 par un architecte danois inconnu, Johan Otto von Spreckelsen, abandonné par lui à mi-course, objet d’incessants affrontements politiques et financiers et maudit par son usage qui n’a jamais été vraiment défini, ce récit est bien celui d’un roman.

Un roman vrai, écrit avec talent, nourri de personnages bien réels, présentés avec leur nom, leur pedigree et leur rôle. Rien à voir avec les fictions à clés. Ici, Mitterrand porte son nom, tout comme Robert Lion, patron de la Caisse des dépôts qui défendit ardemment le projet, l’urbaniste Jean-Louis Subileau et l’architecte Paul Andreu qui le construisirent ou encore leur ennemi, le promoteur Christian Pellerin, que l’on appelait à l’époque «le roi de La Défense», ce qui n’était pas un compliment.

Avanies.

La plupart de ces gens, Laurence Cossé les a interrogés, s’offrant le luxe dont rêvent les journalistes : raconter les rencontres elles-mêmes. Faire le récit du récit. Voilà ces acteurs trente ans plus tard, bien loin des tensions de l’époque, le nez dans leurs agendas et dans leurs souvenirs, à la fois héros et commentateurs de cette histoire complexe.

Complexe, le mot est faible. Tous les grands travaux de Mitterrand ont eu à subir des avanies mais aucun n’est aussi mal né que la Grande Arche. Car une fois le dessin choisi, que mettre dans l’édifice ? A part la présence des fonctionnaires de l’Equipement dans le pilier sud et de salariés du privé au nord, rien n’est clair, ni pour le socle ni pour le toit. Ce dernier se verra destiné à une succession de projets peu pérennes, mais dispendieux, tels le Carrefour international de la communication ou une fondation internationale des droits de l’homme sous la houlette de feu Edgar Faure qui voyait grand. Bref, on cherche.

Pour un Danois rigoureux comme Spreckelsen, cette navigation à vue des décideurs français est peu supportable. Pour les bâtisseurs français Andreu et Subileau, elle ne l’est pas beaucoup plus car elle leur complique sérieusement la vie. Surtout quand le gouvernement de cohabitation mené par Jacques Chirac menace de mettre fin à l’affaire.

Ce moment particulier, mais aussi toute l’histoire au passage, Laurence Cossé les résume avec un sens aigu du raccourci : «Fin 1986, la Grande Arche sort de terre. Depuis qu’il a remporté le concours, Spreckelsen n’a passé qu’un an à Paris avant que le chantier ne s’ouvre, en juillet 1985. Et il est reparti pour Copenhague. Les choses se sont mal passées.»

 

Conviction.

Naturellement, on aimerait apprendre de sa bouche la raison de cet abandon. Pourquoi cet auteur de quatre églises, choisi pour le plus grand projet de son existence, a-t-il renoncé à le mener à bien ? «Il n’existe aujourd’hui qu’un moyen de rencontrer réellement Spreckelsen, écrit Laurence Cossé, c’est de regarder son portrait filmé fin 1986, peu avant sa mort.» Utile mais frustrant. D’ailleurs, Google ne fournit que trois images de l’architecte auteur de ce bâtiment abondamment photographié, lui.

Voici donc Laurence Cossé à la recherche des traces de «Spreck», en France et au Danemark. Elle va voir ses quatre églises. Tente de rencontrer Karen, sa veuve. «Spreckelsen a tenu toute sa vie un journal qu’il illustrait de dessins. Si je pouvais, espère-t-elle, lire les cahiers qui vont de la fin de l’année 1982 jusqu’au 16 mars 1987, et surtout de mai à juillet 1986, j’aurais de l’histoire la version la plus dure, je suppose, et de Spreck, un portrait intime». Visites, lettres… : l’enquêtrice n’obtient rien de Karen von Spreckelsen. «Ce n’est pas accidentel. Ils ont vécu un drame, lui explique Yves Dauge, ancien coordinateur des grands travaux, en parlant du couple Spreckelsen. Une espèce d’assassinat moral».

Peut-on qualifier ainsi l’énorme malentendu qui a séparé l’architecte et ses partenaires français ? Un an après avoir lâché son projet, Johan Otto von Spreckelsen est mort. Tout au long des mois où il a participé à la construction de la Grande Arche, il aura été d’une intransigeance sans concession, ne voulant céder sur rien. Non pas à la façon d’une star qui fait des caprices, mais plutôt avec la conviction qui est parfois celle des grands artistes. Mais l’architecture n’est pas la littérature. C’est un art contraint, qui se confronte en permanence au réel. Peut-on faire un lien entre ce départ de Spreckelsen, décision si rare, et son décès ? Laurence Cossé cite Andreu : «En abandonnant, il s’est fait une violence terrible.» Pour l’auteure, «il y a quelque chose de christique dans cette histoire. Et il y a quelque chose de luciférien, si tant est que Lucifer soit la figure métaphysique du refus de voir l’esprit s’incarner». C’est la romancière qui imagine Spreckelsen se disant : «Plutôt abandonner que cautionner l’altération de l’œuvre de l’esprit. Plutôt mourir.» Mais est-ce vraiment du roman ?

Sibylle Vincendon

 

 

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03 janvier 2017

Robert FLANAGAN La route étroite vers le Nord lointain

Résultat de recherche d'images pour "la route étroite vers le nord lointain"Ne vous laissez pas influencer par la photo de couverture, c'est un leurre pour affronter la vie effroyable des prisonniers australiens dans la jungle siamoise , lors de la dernière guerre mondiale, fait par le Japon.

"Faute de pouvoir fabriquer eux-mêmes les rails, les japoUn romannais avaient démantelé les lignes ferrovières de l'Empire ayant le moins d'intérêt stratégique,- àJava, à Singapour, en Malaisie- puis les avaient transportés jusqu'au Siam. Manquant d'engins lourds, ils s'en étaient renis aux miracles que peut accomplir l'esprit avec l'aide du corps. Il n'avait pas été en son pouvoir d'empêcher ces décès, parce qu'il fallait construire la voie ferrée pour l'Empereur, et qu'elle n'aurait pu être achevée autrement"

Un roman palpitant avec un personnage central, le médecin Dorrigo Evans, entourés de beaucoup d'autres, que l'on suit longtemps dans la narration. Des personnages qui réfléchissent sur leur vie, leurs actes, leur relation aux autres. Un roman ancrait dans un épisode méconnu de  l'Histoire de la deuxième guerre mondiale ou les japonais ont fait prisonniers des australiens, qu'ils ont contraints de construire une liaison ferrovière, dans les pires conditions physiques et de cruauté, reliant le Siam (actuelle Thaïlande)  à la Birmanie: ils ont "été le rouage d'un système d'esclavage pharaonique".

La voie ferrée incarnait la volonté de l'Empereur du Japon. " Car s' il (le responsable japonais du chantier) n'achevait pas son tronçon de voie ferrée dans les temps, il n'aurait plus qu'à se suicider de honte. Il n'avait pas envie de se suicider, mais il ne pouvait pas rentrer dans son archipel natal en ayant trahi la confiance de l'Empereur. Il valait mieux que cela. Or pour accomplir la tâche qui lui incombait au cours de prochaines heures, il lui fallait un peu de "shabu" ...(métamphétamine)

Un immense roman avec un soupçon de romantisme, indispensable à cette forme littéraire...(et qui justifie la photo de couverture!) qui m'a fait vibrer.

Je recommande la lecture de ce romancier australien Robert FLANAGAN.

Wikipédia:

Richard Flanagan, né en 1961 à Longford en Tasmanie, est un écrivain australien.

Auteur de récits et journaliste, connu pour ses romans après avoir obtenu en 2002 le Commonwealth Writers' Prize pour Gould's Book of Fish (Le Livre de Gould) et un succès mondial avec The Unknown Terrorist en 2007 (La Fureur et l’Ennui, France, 2008).

 

Biographie[modifier | modifier le code]

Descendant de condamnés irlandais (« "convicts" ») déportés en Tasmanie au xixe siècle, Richard Flanagan naît dans une famille modeste dans la ville minière de Rosebery et quitte l'école à seize ans pour travailler dans le bush. Il entre finalement à l'université de Tasmanie dont il est diplômé en 1982 puis obtient une bourse pour l'université d'Oxford en tant que boursier Rhodes.

Revenu dans son pays et passionné par le monde sauvage, il participe en canoë à des expéditions sur les rivières de Tasmanie. Très vite il se consacre à l'écriture et les paysages de son île natale inspireront d'ailleurs fortement ses romans, qu'il s'agisse de la côte ouest de la Tasmanie et Macquarie Harbour Penal Station (Gould's Book of Fish), de la Franklin River (Death of a River Guide) ou des Central Highlands (The Sound of One Hand Clapping).

Après des publications documentaires comme A terrible beauty : history of the Gordon River country (1985), The Rest of the World is Watching: Tasmania and the Greens ( 1990) ou Codename Iago: The Story of John Friedrich (1991) et des travaux de journaliste, il se lance dans l'écriture romanesque.

En 1994, son premier roman Death of a River Guide (A contre-courant, France, Flammarion 2000) le fait connaître, et en 1997, son second roman The Sound of One Hand Clapping (Dispersés par le vent, France - Flammarion 2002) ,récompensé par l'"Australian Booksellers Book of the Year Award" et le "Vance Palmer Prize for Fiction", est un succès avec plus de 150 000 exemplaires exemplaires vendus en Australie.

Ce succès est confirmé par les critiques de son troisième roman Gould's book of fish publié en 2001, (Le livre de Gould,France – Flammarion 2005) qui remporte en 2002 le "Commonwealth Writers Prize in the South East Asia & South Pacific Region".

Son roman publié en 2007 The unknown terrorist est quant à lui un succès mondial, sa traduction La Fureur et l’ennui paraît en France en janvier 2008 aux éditions Belfond.

Il a également tourné une adaptation cinématographique remarquée de The Sound of One Hand Clapping, sélectionnée pour le festival de Berlin en 1998.

Il remporte en octobre 2014 le prix Booker pour La Route étroite vers le Nord lointain1.

Richard Flanagan vit avec sa famille dans son pays natal et continue à écrire également des articles sur la Tasmanie dans la presse australienne, non sans susciter des controverses. (Richard Flanagan)

Regards sur son œuvre[modifier | modifier le code]

À contre-courant (Death of a River Guide) est le premier roman de l'auteur. Publié en 1994, il a pour personnage central un guide de rafting sur une rivière de Tasmanie qui doit sacrifier sa vie pour sauver celle d'un client et qui dans ses derniers instants, revoit les moments marquants de sa vie.

Son second roman, Dispersés par le vent (The Sound of One Hand Clapping), publié en 1997, suit la quête d'une femme d'origine slovène qui revient trente cinq ans plus tard en Tasmanie pour comprendre la fuite brutale de sa mère et la vie de son père alcoolique.

Son troisième roman, Le Livre de Gould (Gould's Book of Fish), est publié en 2001 et évoque à travers le procédé du pseudo-journal le barbare système pénitentiaire australien du xixe siècle, l'oppression des peuples aborigènes et la création artistique à travers la figure authentique de l'Anglais William Gould, voleur et peintre des poissons, mort en Australie en 1853.

Son quatrième roman La Fureur et l’Ennui (The Unknown Terrorist) sort en 2007. Il s'organise autour d'une jeune femme de 26 ans un peu marginale surnommée « the doll » (la poupée), strip-teaseuse dans un club de Sydney en Australie ; elle a une relation sexuelle avec un étranger, Tariq, et son destin tragique s'enclenche quand elle est soupçonnée de terrorisme par les autorités après l'explosion de plusieurs bombes dans la ville.

Ses romans largement diffusés dans le domaine anglophone sont également traduits dans de nombreux pays européens et font de Richard Flanagan un écrivain marquant de ce début de xxie siècle.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • (en) Student Accommodaton Crisis1984
  • (en) A Terrible Beauty: History of the Gordon River1985
  • (en) The Rest of the World is Watching1990
  • (en) Codename Iago: The Story of John Friedrich1991

 

 

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14 mars 2016

carthageJe n'ai pas lâché ce livre, qui m'a tenu en haleine, tout au long de ma lecture.

Impossible de prendre quelques notes...

C'est un véritable roman policier! 

L'auteure ne peut s'empêcher comme dans MUDWOMEN de vous faire frissonner d'horreur....ici c'est la visite d'un pénitencier et de son couloir de la mort. Mais répulsion et fascination se congugent souvent ensemble!

En me plongeant dans ce livre je me disais que je n'arriverais pas au bout. Erreur...

 

 

Au coeur de « Carthage », avec Joyce Carol Oates 

Frédérique Humblot - Les Echos | Le 19/10/2015

On ne sait jamais quelle aventure littéraire se prépare lorsqu'on ouvre un livre de Joyce Carol Oates, tant sa manière de sonder l'âme humaine nous emmène sur des chemins d'elle seule connus. Cette fois, c'est à Carthage, petite ville de l'Etat de New York, que s'ouvre le roman, par une battue dans les broussailles d'une forêt pour retrouver une jeune fille disparue, Cressida Mayfield.

Nous sommes en 2005. Cressida a dix-neuf ans et c'est un peu le canard boiteux de la famille Mayfield, vaillants représentants de la classe moyenne supérieure américaine. Le père, la cinquantaine, est avocat, ancien élu de Carthage, plutôt de sensibilité démocrate. La mère, Arlette, femme au foyer, s'adonne aux bonnes oeuvres. Quant aux deux soeurs, Juliet est « la jolie », douce, aimable et populaire, et Cressida « l'intelligente », garçon manqué, acide, solitaire... et « moche ». La disparue. Vue pour la dernière fois en compagnie d'un jeune caporal, Brett Kincaid, ancien fiancé de sa soeur.

Lui aussi est un gentil garçon, aimable et bon chrétien. Engagé dans l'armée américaine par idéalisme, il n'est cependant plus le même depuis son retour d'Irak, où il a été grièvement blessé. Les séquelles sont autant physiques que psychologiques. La battue ne donnera rien. Le caporal, hanté par des scènes d'exactions et de tortures à l'encontre de civils irakiens, avouera le meurtre de Cressida. Pourtant, sept ans plus tard, une autre vérité se fait jour, qui plonge ses racines dans la rivalité de toujours entre les deux soeurs, « la jolie et la moche ».

Terrible noyau documentaire

Quand la première parcelle de lumière éclate, c'est au terme d'une bonne cinquantaine de pages consacrées au centre pénitentiaire de haute sécurité d'Orion, en Floride. Une visite guidée réservée à des professeurs, éducateurs ou travailleurs sociaux, effectuée sous la houlette d'un lieutenant narquois, dont la faconde masque mal l'inclination sadique. De même que ses visiteurs-otages ne peuvent échapper au parcours qui les emmène vers le couloir de la mort et la chambre d'exécution, clou de la visite, de même le lecteur parvenu au coeur du roman découvre ce noyau documentaire à la force brute enserré dans l'intrigue.

Les yeux dessillés sur l'enfer carcéral, on aborde le virage qui verra une nouvelle fois la vie des Mayfield bouleversée. Et Joyce Carol Oates prouve encore, s'il en était besoin, sa maîtrise dans l'art de pointer les maux de l'Amérique et, au-delà, l'ambivalence de la condition humaine.

Frédérique Humblot

de Joyce Carol OatesTraduit par Paul SebanEditions Philippe Rey, 593 pages, 24,50 euros.

  

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J'ai jamais rien compris à l' Economie, mais ça je comprend. Gilles RAVEAUD

GR"Comment peut-on chiffrer ce qui semble être des actes individuels et aussi disparâtres que les achats de biens, les prestations?"

Si vous vous posez cette question et bien d'autres à propos de l'Economie, ce livre répondra à vos questions.

L'auteur vous tiendra fermement la main, pour ne pas vous égarer, et dans un langage limpide mettra à votre portée la complexité de ce domaine qui semble nous fuir au fur et à mesure que nous cherchons à le comprendre. L'économie est partout dans les médias comme dans notre vie quotidienne et pourtant elle semble bien obscure..

Beaucoup de très belles illustrations pour soutenir et éclairer le propos.

Comme moi vous vous sentirez plus intelligente en refermant ce livre....

 

Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 352 - décembre 2015

Si vous êtes en quête d'un petit livre pour acquérir la base de la base du raisonnement économique, ne cherchez plus ! On démarre avec un grand classique obligé de ce genre d'ouvrage : la présentation des acteurs de l'économie et de leurs relations. C'est fait avec grande pédagogie et petits schémas. Suivent ensuite trois chapitres qui proposent rien de moins que l'histoire du capitalisme contemporain, de l'après-guerre à nos jours. L'occasion de comprendre les vertus du fordisme et les infortunes du capitalisme actionnarial.

Mais il y a plus avec les chapitres thématiques absolument remarquables consacrés au chômage, aux crises de la dette et aux questions environnementales. L'air de rien, Gilles Raveaud offre une synthèse des débats universitaires sur ces sujets, sans cacher ses préférences d'économiste hétérodoxe. "L'économie, c'est avant tout un flux de richesses qui circulent au sein d'un environnement humain et naturel." L'économie est politique : parce que c'est une activité réalisée par des humains, parce qu'elle doit respecter son environnement et qu'on peut la changer lorsqu'on fait l'effort de la comprendre.

J'ai jamais rien compris à l'économie mais ça je comprends,

par Gilles Raveaud
Tana éditions, 2015, 127 p., 12,95 euros.

 

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N'ENTRE PAS DANS MON AME AVEC TES CHAUSSURES PAOLA PIGANI

piganiUn court roman, poignant, écrit sans pathos, avec une immense tendresse de l'auteure pour ses personnages. La réalité de ce fait historique nous éclate à la figure, si on l'avait ignoré jusque là. Au printemps 1940, un décret interdit la libre circulation des nomades. Les Manouches ne peuvent plus circuler.

Paola PIGANI nous livre la vie de cette population, internés dans le camp des Alliers. Comment ces gens du voyage se retrouvent sédentarisé de force, de la plus horrible manière.

Au milieu de ce malheur, la jeune Alba préservera les valeurs d'empathie et sa force vitale allume dans le coeur du lecteur la flamme de l'espoir.

"Comme il leur manque aussi le cercle du feu, les flammes qui leur montaient aux yeux, faisant de la nuit une alliée. Cette chaleur leur embaumait la peau, les cheveux. Ne brûlait que le présent entre leur vie ardentes"

Un livre à découvrir

 WIKIPEDIA:

Paola Pigani est une auteure française née en Charente[1].

1 Biographie  

Tout d’abord poète et novelliste, Paola Pigani remporte le prix Prométhée de la Nouvelle en 2006 avec son recueil « Concertina » publié aux Éditions du Rocher (préface de Marie Rouanet). En poésie, elle publie « Le ciel à rebours » aux Presses Littéraires.

En 2009, elle participe au recueil collectif « Des stèles aux étoiles » autour de l’œuvre du peintre Winfried Veit.

En 2013, son premier roman « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures » est publié aux Éditions Liana Lévi et rencontre un réel succès public et critique. Il reçoit le Coup de cœur de l’association Lettres frontière 2014.

En 2014, paraît un nouveau recueil de poésie Indovina . 

Littérature :: Intégration sociale et économique / discrimination

Publié le 13/01/2014

Paola Pigani, Liana Levi 2013

« L’idée de la guerre s’enfonce en eux, alourdit leurs pas. Ils sont français. Une identité qui prend la couleur et le poids de la honte. On les rassemble, on leur promet un hébergement pour mettre fin à leur soi-disant nomadisme qui doit être éradiqué comme une maladie honteuse. Ils sont devenus une menace. A quels guerriers s’apparenter à présent, eux qui n’ont à défendre que le territoire du vent ? Pourtant des hommes sont déjà partis au front. Et plus tard ils seront réquisitionnés pour le STO. En cela, on sait les reconnaître français, oubliant leur race à part. Ils ont toujours avancé sur cette terre pour vivre délestés de ces devoirs étrangers : s’établir sur une terre, la faire fructifier, bâtir, posséder, s’enraciner, appartenir à un village, un pays. Pourquoi retourner ainsi leur destin, écraser leur différence si vivace ? ».

En France, durant la Seconde Guerre mondiale, 6 500 tsiganes seront regroupés et enfermés dans une trentaine de camps. Pour raconter cette histoire, Paola Pigani a recueilli les souvenirs d’une femme âgée de 80 ans, souvenirs d’ Alexienne devenue Alba dans ce récit qui mêle fiction et réalité. Alexienne raconte. Paola Pigani "écrit sur des silences".

L’histoire se passe dans le camp des Alliers, près d’Angoulême. Il servit d’abord à interner les républicains espagnols. Après les avoir expédier à Mauthausen, la police française va "redoubler [d’]efforts sous prétexte de se plier aux lois de l’occupant" pour y enfermer ces manouches, tsiganes et autres bohémiens. En novembre 1940, Alba a 14 ans quand les portes du camp se referment sur elle, sur sa mère, Maria, et sur son père, Louis. Le 31 août 44, la France fête la Libération ; pas les centaines d’internés du camp. La guerre est finie mais ils restent prisonniers ! Il leur faudra attendre encore deux ans. Deux ans d’enfer, jusqu’en mai 1946, avant de retrouver "leur premier feu sous les étoiles à l’air libre", "leurs gestes sacrés autour du cercle". Au bout de ces presque six années, quand les portes du camp se rouvriront, la famille aura perdu l’un des siens, deux enfants seront nés - "pour mourir on a tout le temps devant nous, Monsieur le docteur. Pour vivre il faut faire vite" répond Alba aux reproches du médecin. Alba y a rencontré Silvère, "plus vivant que tous ceux ici réunis". Les roulottes ont disparu. Les chevaux sont morts. Restent les blessures et les souvenirs dont Alba voudra se défaire ; plus tard.
Paola Pigani raconte les conditions indignes dans lesquelles sont retenus ces hommes et ces femmes qui, pour être nomades, n’en sont pas moins… Français ! Il y a le froid, la faim, la "faim animale" des gamins qui fourragent dans les poubelles, les odeurs pestilentielles, les maladies. Certains tentent de s’évader pour se réfugier dans la nature ou rejoindre la résistance - "ne pas être français comme les autres ? Jean veut se prouver à lui-même qu’il sera français jusqu’au bout de sa fierté". Rien ne leur est épargné pour corriger l’atavique "méfiance à l’égard des gadjé" : "leurs vêtement sont beaux et propres mais leur cœur est sale. Regarde-les toujours dans les yeux. N’aie jamais honte" enseigne Maria à sa fille.

La misère fait naître des jalousies et des haines, fissure le code des valeurs morales du groupe. Dehors, "les voisins ont peur de cette population à proximité, ce puits de misère". Pourtant, la solidarité entre Manouches demeure. Et le soutien peut aussi venir de l’extérieur. C’est le curé qui lance au responsable du camp : "ils ont bien le droit à quelque bonheur, tout de même ! S’ils ne peuvent jamais toucher la beauté du monde, comment voulez-vous qu’ils aspirent à grandir et à redevenir libres un jour ?". Les "chariteux" de la Croix rouge sont de bienveillantes dames qui n’ont pas su pourtant se défaire de quelques clichés et médisances. Il y a aussi le soutien de Mine, la complicité discrète de Michel, l’un des gardiens du camp.

N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures n’est pas un roman, mais plutôt un témoignage romancé écrit pour tirer de l’oubli une page de l’histoire nationale et raconter, une part de la mémoire et de la fierté manouches. Paola Pigani livre des pans entiers de la culture et de l’éthique tsigane : la relation à la nature et aux animaux (le cheval au premier chef), le rapport à la famille, les rites qui entourent les fiançailles ou les funérailles, les croyances qui conduisent à se méfier "des odeurs de maison fermée et des coins noirs qui font peur", la place de la musique. Elle laisse entrevoir des éléments d’une éthique de comportement qui commande de se taire pour ne pas porter malheur ou pour cacher son chagrin… Bien sûr, le monde a changé, et les manouches n’échappent pas à cette règle universelle d’impermanence qui amène par exemple certains à s’enfermer entre quatre murs. Il n’empêche ! Il y a là quelques enseignements à méditer, quelques règles à se réapproprier, quelques "écarts" à corriger : l’indisponibilité à l’instant présent, l’emprise des racines sur le mouvement, le "joug matériel" que représente un toit ou l’instinct de propriété… Et si on laissait un peu de l’esprit manouche entrer dans l’âme d’une modernité qui file en roue libre ? "Les arbres sont comme les hommes. Tous se valent mais ils n’ont pas la même manière de s’élever, d’aller toucher le ciel".

Mustapha Harzoune

Paola Pigani, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Liana Levi 2013, 217 pages 17,50 €.

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Tous droits réservés. © Établissement public du Palais de la Porte Dorée, Musée national de l'histoire de l'immigration, 2013

 

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07 août 2015

L'ARMEE du SALUT, Abdellah Taïa

téléchargement (2)Un bref roman, intense. Le récit d'une hommosexualité vécue par un jeune marocain, en toute liberté, de l'adolescence à l'âge adulte, qui se confronte à la culture occidentale. Une totale liberté de ton, sans acune trace de culpabilité, une belle franchise et une lecture délectable........

L'auteur a adapté son roman au cinéma.

LE MONDE | 06.05.2014 à 09h50 Mis à jour le 06.05.2014 à 09h51 | Par Jacques Mandelbaum
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/05/06/l-armee-du-salut-le-recit-de-formation-d-un-jeune-homosexuel-marocain_4411997_3246.html#ufGXxF23eYfIU3jp.99

« L'Armée du salut » : le récit de formation, âpre et cruel, d'un jeune homosexuel marocain

Romancier d'origine marocaine installé en France, auteur d'une œuvre autobiographique qui fait une place prépondérante à l'homosexualité de son auteur, ce quadragénaire adapte dans son premier long-métrage l'un de ses romans, L'Armée du salut (Seuil, 2006). On retrouve dans son film la sécheresse précieuse de sa prose, cet art du détournement et de la suggestion propre à exprimer par la plus grande économie de moyens les plus grands bouleversements intimes.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/05/06/l-armee-du-salut-le-recit-de-formation-d-un-jeune-homosexuel-marocain_4411997_3246.html#ufGXxF23eYfIU3jp.99

Wikipédia

L'Armée du salut est le troisième roman écrit par Abdellah Taïa. Il a pour thème la jeunesse de l'auteur et son éveil sexuel, à travers deux histoires en parallèle. L'une raconte les souvenirs d'enfance et d'adolescence de l'auteur au Maroc, construits autour de l'importance de son frère aîné. L'autre traite de sa liaison avec un universitaire suisse alors qu'il est étudiant et son arrivée à Genève.

Ce roman a été adapté au cinéma en 2013 par Abdellah Taïa sous le titre de L'Armée du salut. Il est sorti en salles en mai 2014.

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HARRAGA Boualem SANSAL

cvt_Harraga_2184 Vous vous attacherez au personnage de Lamia, une drôle de fille célibataire et psychiatre, qui vit dans le quartier de Rampe Vallée dans l'Algérie contemporaine que vous fera découvrir ce roman attachant de Boualem SANSAL que j'ai découvert comme auteur et que j'ai envie de rencontrer au travers de ses autres romans

Belle découverte garantie!

HARRAGAde Boualem SansalBoniface Mongo-Mboussa

Boualem Sansal a fait une entrée fracassante en littérature avec son premier roman Le Serment des barbares (1999) - une charge virulente contre l'Algérie des Islamistes et du F.L.N. Depuis, il a publié L'arbre fou (2000) et Dis-moi le Paradis (2003). Mais c'est réellement avec Harraga, cette description d'une femme confrontée à l'errance des jeunes Algériens qui rêvent de l'Occident, qu'il retrouve le souffle du Serment des Barbares, enquête d'un vieux policier sur les disparitions en plein attentats islamistes.

Lamia, 35 ans, psychiatre est une vielle fille habitant seule dans une vielle maison familiale. Chaque jour, elle rumine ses souvenirs : celui des parents tous deux décédés, celui de Yacine son frère bien-aimé mort dans un accident de voiture, celui de Louiza, petite sœur adorée tuée par un islamiste fanatique. Le seul frère vivant, Sofiane, vient de disparaître. Il est devenu unHarraga, littéralement " un brûleur de route ". Il séjourne à Oran en attendant son départ pour l'Espagne, via le Maroc. Un beau matin, sa petite amie, Chérifa, sonne à la porte de Lamia. Elle l'accueille. Au fil des jours, Lamia découvre que Chérifa attend un enfant de Sofiane. Mais la cohabitation s'avère difficile entre les deux femmes. Lamia est une lettrée à cheval sur les principes et Sofiane une midinette de la génération Star Academy. Commence alors entre les deux femmes une relation en dents de scie, ponctuée de fugues et de retours.

Par-delà la tragédie de Chérifa, c'est toute l'errance de la jeunesse algérienne livrée à elle-même que Boualem Sansal met en scène. Mais par-delà encore le sacrifice d'une jeunesse, c'est toute la misogynie d'une société phallocratique régie par un islamisme fanatique que dénonce le romancier. D'où cette verve langagière tantôt ironique tantôt lyrique, avec des clins d'œil à 

Kateb Yacine, Camus, Boudjedra et Mimouni. Une manière pour l'écrivain algérien de se situer dans une généalogie prestigieuse et irrévérencieuse.

Harraga, de Boualem Sansal, Gallimard, 272 p., 16 €

http://www.africultures.com/ Le 05 janvier 2006 

Biographie WIKIPEDIA]

Boualem Sansal né en 1949 à Theniet El Had, petit village des monts de l'Ouarsenis, est un écrivain algérien, principalement romancier mais aussi essayiste, censuré dans son pays d'origine à cause de sa position très critique1 envers le pouvoir en place. Il habite néanmoins toujours en Algérie, considérant que son pays a besoin des artistes pour ouvrir la voie à la paix et à la démocratie. Il est en revanche très reconnu en France et en Allemagne, pays dans lesquels ses romans se vendent particulièrement bien, et où il a reçu de nombreux prix:

prix Tropiques
prix Michel-Dard
grand prix RTL-Lire
grand prix de la francophonie
prix Nessim-Habif
prix Louis-Guilloux
prix Édouard-Glissant
prix de la paix des libraires allemands
prix du Roman arabe
chevalier des Arts et des Lettres (2012)

 

Auteur Langue d'écriture français

Œuvres principales Le Serment des barbares, Poste restante : Alger, lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes, L'Enfant fou de l'arbre creux, Dis-moi le paradis, Harraga, Le Village de l'Allemand ou le Journal des frères Schiller', Rue Darwin 

Boualem Sansal a une formation d'ingénieur (École nationale polytechnique d'Alger) et un doctorat d'économie.

Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaireau ministère de l'Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de position critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l'arabisation de l'enseignement2.

Son ami Rachid Mimouni (1945-1995) l'encourage à écrire. Boualem Sansal, bien que grand lecteur, ne se vouait pas à l'écriture. Il commence pourtant à écrire en 1997, alors que la guerre civile bat son plein. Il cherche à entrer dans l'esprit de ses compatriotes, pour tenter de comprendre puis d'expliquer ce qui a mené à l'impasse politique, sociale et économique de son pays, et à la montée de l'islamisme3.

En 1999 il publie son premier roman, "Le Serment des barbares", qui reçoit le prix du premier roman et le prix Tropiques. Son livre Poste restante, Alger, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté2, mais il décide de rester en Algérie. Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire, est un récit épique de l'aventure berbère.

Son troisième roman, Dis-moi le paradis, publié en France en 2003, est une description de l'Algérie post-colonisation, à travers les portraits de personnages que rencontre le personnage principal, Tarik, lors de son voyage à travers ce pays. Le ton est très critique envers le pouvoir algérien, se moquant de Boumediene, critiquant ouvertement la corruption à tous les niveaux de l'industrie et de la politique, l'incapacité à gérer le chaos qui a suivi l'indépendance, et attaquant parfois violemment les islamistes. Ce livre est l'une des raisons qui ont conduit le pouvoir à limoger l'auteur de son poste de haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien.

En 2005, s'inspirant de son histoire personnelle, il écrit Harraga, qui signifie « brûleur de route », surnom que l'on donne à ceux qui partent d'Algérie, souvent en radeau dans des conditions dramatiques, pour tenter de passer en Espagne. Pour la première fois, les personnages principaux sont deux femmes : Lamia, médecin pédiatre qui vit dans la misère à Alger, et Cherifa qu'elle recueille alors que cette dernière est enceinte de cinq mois. (Cherifa est arrivée chez Lamia sur le conseil du frère de celle-ci, Sofiane, qui est en route pour entrer en Espagne clandestinement.) Encore une fois, le ton est très critique envers le pouvoir algérien : l'argent du pétrole coule à flots, mais, l'argent étant accaparé par une minorité de dirigeants, le peuple est dans la misère et les jeunes vont tenter leur chance ailleurs, pendant que ceux qui ne peuvent pas partir restent dans la misère et la peur.

Boualem Sansal est lauréat du grand prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l'Allemand sorti en janvier 2008, roman qui est censuré en Algérie, car il fait le parallèle entre islamisme et nazisme. Le livre raconte l'histoire du SS Hans Schiller, qui fuit en Égypte après la défaite allemande, et se retrouve ensuite à aider l'armée de libération algérienne, pour finalement devenir un héros de guerre et se retirer dans un petit village perdu. Le livre s'inspire d'un destin réel, découvert par la presse dans les années 1980.

En 2007, il reçoit le prix Édouard-Glissant, destiné à honorer une œuvre artistique marquante de notre temps selon les valeurs poétiques et politiques du philosophe et écrivain Édouard Glissant : ce prix récompense les œuvres développant une réflexion sur le métissage et toutes les formes d'émancipation, celle des imaginaires, des langues et des cultures.

Le 9 juin 2011, il remporte le prix de la paix des libraires allemands, pour la manière dont il « critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays »4. En mars 2008, il choisit de se rendre au Salon du livre de Paris, malgré la polémique soulevée dans le monde arabe quant au choix d'Israël comme invité d'honneur et l'appel au boycott venant des pays arabes et de certains intellectuels5. Il s'en explique par la formule : « Je fais de la littérature, pas la guerre », et en ajoutant : « La littérature n'est pas juive arabe ou américaine, elle raconte des histoires qui s'adressent à tout le monde. »5 Ce choix aggrave sa situation en Algérie.

En 2011, il publie un nouveau roman, Rue Darwin, l'histoire d'une famille prise dans la guerre d'Algérie. C'est un livre très personnel, écrit trois mois après la mort de sa mère6. Le personnage de Yaz ressemble beaucoup à Boualem Sansal ; par ailleurs, la rue Darwin est une rue où l'auteur a vécu dans son enfance, à cent mètres de la maison d'Albert Camus6.

Boualem Sansal est également connu pour ses propos critiques envers toute forme de religion, et l'islam en particulier : « La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam6. »

En février 2012 il fait partie du jury de la Berlinale 2012, sous la présidence de Mike Leigh et au côté de Anton Corbijn,Asghar Farhadi, Charlotte Gainsbourg, Jake Gyllenhaal, François Ozon et Barbara Sukowa.

En mai 2012, il participe à la troisième édition du Festival international des écrivains à Jérusalem, suscitant de nombreuses critiques dans le monde arabe7,8. Il fait un récit plein d'humour de son voyage9.

En juin 2012, il reçoit le prix du Roman arabe pour son livre Rue Darwin, avec l'opposition des ambassadeurs arabes qui financent le prix10,11. Le 13 juin 2013 l'Académie française lui décerne le grand prix de la Francophonie, doté de20 000 euros. Ce prix est « destiné à "couronner l'œuvre d'une personne physique francophone qui, dans son pays ou à l'échelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à l'illustration de la langue française" ».

Il habite près d'Alger, dans la ville de Boumerdè

 

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03 mai 2015

CHICAGO, Alaa EL ASWANY

couv-livreUn monument, un livre qui vous secoue de haut en bas et que vous ne pouvez pas lâcher...

Un livre prémonitoire du Printemps Arabe.

Le choc des cultures égyptienne et américaine. Pas de narration, mais une tension presque insupportable se noue autour de la visite du président égyptien à Chicago et fait exposer les faux-semblants, et les relations convenues pour mettre à nu l'authenticité des liens personnels, affectifs de tous les personnages dont nous parle l'auteur, sans oublier leurs convictions profondes, dans ce livre exceptionnel. Un grand moment de lecture!

Ci-dessous la critique de Claude GUIBAL, parue dans le journal LIBéRATION, le 4 octobre 2007:

El-Aswany en Amérique 

CLAUDE GUIBAL 4 OCTOBRE 2007 À 00:30

CRITIQUE 

Avec «Chicago», l'auteur de «l'Immeuble Yacoubian» confirme ses talents de portraitiste.

Posé sur une étagère près de la porte, un cadre blanc entoure un dessin d'enfant. Une petite fille sourit à côté d'un monsieur près d'un fauteuil de dentiste. Au dessus, une main encore malhabile a tracé quelques mots:«Merci docteur Alaa.» Le fauteuil en question n'est pas loin, dans un renfoncement, accompagné de son cortège de fraises et autres instruments de torture. Par la fenêtre entrouverte arrive le chant du muezzin qui officie dans la salle de prière plus bas dans la rue. Derrière le bureau, en blouse verte médicale, Alaa el-Aswany tire sur une cigarette. Il revient d'Italie, où il a reçu un prix littéraire, s'apprête à repartir en France en tournée promotionnelle. Entre-temps, son agenda est plein de détartrages, de caries et de journalistes, qui le coursent alors que sort en français son nouveau roman, Chicago, moins d'un an après sa publication en arabe.

Après le succès foudroyant de l'Immeuble Yacoubian, véritable séisme dans le monde arabe et best-seller international, d'autres auraient probablement raccroché leur roulette. Pas lui. Avec des centaines de milliers de livres vendus à travers la planète, Alaa el-Aswany a beau être l'auteur le plus traduit et le plus lu d'Egypte, il continue à se cramponner à son cabinet du centre du Caire et à ses patients qui viennent lui confier leurs maux de dents et d'âme. «C'est ma fenêtre sur le monde», plaide-t-il de sa grosse voix caverneuse, dans ce français quasi-parfait qu'il a appris, enfant, sur les bancs du lycée français de Bab el-Louq. Certes, il lui faut faire maintenant avec les vrais patients et les autres, ceux qui viennent prendre leur dose de célébrité en bavardant et qui brusquement s'interrompent, faussement naïfs: «Oh, vous n'allez quand même pas vous en servir pour un de vos prochains romans?» Pas dupe, il les accueille avec cette imperturbable courtoisie derrière laquelle il semble protéger un monde intérieur que l'on devine autrement plus tourmenté que ses immuables sourires.

«Un romancier ne peut pas être séparé du monde. J'ai besoin des gens, j'ai toujours été comme ça, peut-être parce que j'étais fils unique. Les gens me parlent facilement, et se demandent après pourquoi ils m'en ont dit autant.» Dans cette glaise il puise pour tailler ceux qui peuplent son oeuvre. Son truc à lui, ce sont ce qu'il appelle «les caractères». Rien de surprenant pour celui qui avoue une passion pour Dostoïevski et se souvient encore de son éblouissement en découvrant La Bruyère. De ces caractères, donc, le Yacoubian présentait une galerie ébouriffante, du vieil aristo désargenté érotomane au jeune désespéré acculé à l'islamisme, en passant par le nouveau riche cul-bénit. Chicago remet le couvert, en faisant entrer dans cette Comédie Humaine à l'égyptienne une nouvelle flopée de personnages. Tous vivent donc, comme l'indique le titre, dans la grande métropole de l'Illinois. Il y a là des Egyptiens boursiers en médecine venus étudier l'histologie, science des tissus organiques et des échanges cellulaires. D'autres sont des expatriés de longue date, naturalisés américains. Puis il y a les natifs, professeurs ou étudiants. Un petit monde où chacun peu à peu est confronté à ce qu'il est au regard de l'autre, à ce qu'il fut, ou ce qu'il aurait pu être.

Une fois de plus, comme dans l'Immeuble Yacoubian, Alaa el-Aswany s'amuse à passer derrière les apparences. Il traque les faux-semblants et dépeint ses congénères avec férocité et tendresse mêlées. Qui pratique l'Egypte reconnaîtra derrière chacun d'eux des visages et des caractères familiers, comme la pieuse et travailleuse Chaïma, succombant au plaisir des sens, ou l'infâme Ahmed Danana, président de l'association des étudiants égyptiens en Amérique et véritable OEil de Moscou, abusant de son pouvoir pour faire régner la terreur autour de lui. La liste est longue et truculente, le résultat d'un travail d'archiviste du romancier, qui, des mois durant, engrange dans des dossiers détails et descriptions de chacun de ses personnages, jusqu'à ce que, devant ses yeux, «ils se mettent soudain à exister». Et de jubiler: «Quand je commence un roman, je ne sais pas où vont mes personnages. Je les pousse, et arrive le moment le plus important, quand je n'ai plus de contrôle sur eux. Je deviens le conteur d'une histoire que je vois sur l'écran de mon imagination, c'est un plaisir indescriptible. Dessiner un visage avec des mots, c'est magnifique.»

La popularité que rencontrent ses personnages parmi ses lecteurs n'en finit pas de le surprendre et de l'enchanter. «Ce sont eux qui donnent la vie au roman. On n'est pas obligé de lire, c'est pourquoi la lecture doit être un plaisir. Je ne suis pas de ceux qui pensent que le lecteur doit faire des efforts pour mériter le texte. Si on s'ennuie, on ferme le livre, voilà la sanction.» L'autre sanction ­mais dont il n'a cure-, c'est l'avalanche d'invectives qui accompagne désormais chacune de ses parutions. PourChicago, publié d'abord sous forme de feuilleton dans le journal Al-Dostour, el-Aswany s'est fait traiter de pornographe et d'ennemi de l'Islam. Il a reçu des menaces, il leur oppose une saine indifférence. Car si la charge politique et sociale, terriblement audacieuse dans l'Immeuble Yacoubian, est ici légèrement moins violente, Chicago n'en est pas moins un nouveau brûlot pour le monde arabe qui continue de se l'arracher. C'est aussi un roman sur la chair, ses plaisirs et ses tourments. Ce qui, vu d'Europe, peut paraître bien anodin ne l'est pas sur les bords du Nil. Il faut donc s'imaginer l'ébahissement du lecteur cairote devant une scène d'achat de godemiché par une sexagénaire délaissée par son mari. «Je n'y peux rien, je dois le raconter, c'est la vérité de mon personnage», rétorque d'un air ingénu el-Aswany, qui n'aime rien tant qu'obliger ses congénères à tomber les masques. L'hypocrisie ambiante l'horripile, lui qui critique aussi durement le régime égyptien que les extrémistes. La littérature est son exutoire. «Je la vois comme une liberté. Si je calcule, je ne peux plus écrire.»

Entre ses doigts, les cigarettes continuent de défiler. Le portable sonne, les patients attendent, les sollicitations pleuvent. Il n'y a pas si longtemps, avant que leYacoubian ne transforme sa vie, Alaa el-Aswany était prêt à abandonner l'Egypte, avec femme et enfants, direction la Nouvelle-Zélande. «Je pensais que Yacoubian serait mon dernier livre, qu'il serait tiré une fois de plus à 500 exemplaires. Je pensais faire comme cet auteur qui s'était arrêté en disant "on peut mourir pour la littérature, et moi je veux vivre".»

Le silence et l'insuccès le rongeaient, le triomphe phénoménal et inattendu du Yacoubian l'a pris de court. Il n'en est toujours pas revenu. Il a pris son temps pour reprendre la plume. Un an pour se laver de la pression du succès, se vider de l'appréhension d'un échec futur, et de la tentation de tomber dans la facilité en se répétant. Puis il s'est attelé à Chicago, tôt le matin, devant son ordinateur, avant ses premiers patients. Une fois par mois, il s'en va à travers le monde recevoir des prix dans des cérémonies auxquelles jamais n'assiste le moindre officiel égyptien. Sans bouder son plaisir, ni jouer à l'auteur, il multiplie les rencontres avec les lecteurs. Des moments qu'il raconte avec des yeux d'enfant émerveillé. «Etre célèbre, ce n'est pas grand-chose. ça veut dire que si vous marchez dans la rue, les gens vous connaissent mais vous, vous ne les connaissez pas. La vraie récompense, c'est de sentir que vous êtes parvenu à les toucher grâce à vos mots. C'est là le cadeau de l'écriture.»

GUIBAL Claude Alaa el-Aswany Chicago Traduit de l'arabe par Gilles Gauthier. Actes Sud, 464 pp., 23 euro(s).

 

 

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19 décembre 2014

Le Contenu du Silence Lucia ETXEBARRIA

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Par MARINE DE LA HORIE

 la une du Point.fr

Rien ni personne ne résiste à Lucia Etxebarria. Aucun public, aucun genre, aucun format littéraire.Nada. Entre chick lit (Sex - Love Addicts, Je ne souffrirai plus par amour) et prix littéraires prestigieux (Un miracle en équilibre, Beatriz et les corps célestes), entre blockbusters (Amour, Prozac et autres curiosités) et essais alternatifs, la pétillante Madrilène navigue avec panache. Insubmersible. Avec Le contenu du silence, elle se frotte à un nouvel exercice littéraire, le psycho polar. Et non pas le polar psycho : car, s'il y a bel et bien crime, victime(s) et coupable(s), on se moque pas mal de résoudre l'enquête. Ce qui fait ronger les ongles et tourner les pages, c'est l'intrigue psychologique. Travaillée patiemment par une Etxebarria archéologue de l'intime, cette mécanique ne s'enraye jamais. Fuerteventura et Lanzarote, Tenerife. Mer, falaises, vagues, soleil. 

Dans ce décor d'Olympe, il y a des surfeurs, de riches résidents étrangers, quelques touristes, et une dizaine de milliers d'adeptes de sectes dites "destructives". L'archipel des Canaries, "c'est la Mecque des mouvements religieux sectaires ", écrit Etxebarria. Cela fait dix ans que Gabriel est sans nouvelles de sa soeur Cordelia, personnage etxebarrien pur jus - à la fois fragile et fatale. Un jour, il reçoit un appel lui disant que Cordelia est l'une des victimes présumées du suicide collectif des membres de la secte Thule Solaris, à Tenerife. Gabriel quitte Londres sur-le-champ pour retrouver Cordelia, avec l'aide d'Helena, (très) proche amie de sa soeur. Sexe, amour et séduction sont de passage dans le livre, un peu attendus parfois - entre Helena et Gabriel - ou fangeux - entre le frère et la soeur ; mais, comme l'enquête, la romance ne semble être qu'un levier de plus au service de l'écheveau psychologique. Une fille qui, après avoir masturbé un frère qu'elle adorait, se retrouve seule, sans parents, mais avec une "tantâtre ", avant de sombrer dans une secte néonazie, le tout en virant bisexuelle, voilà un joli chantier psychologique et romanesque. Le terrain d'écriture idéal pour Etxebarria, qui raffole des psychés subversives et abîmées. Et un terrain de lecture captivant pour le lecteur, qui analyse, interprète, déchiffre à l'envi l'histoire, les fantômes et les carences affectives de ces spécimens imaginaires intenses, petites perles de héros tourmentés. 

"Le contenu du silence", de Lucia Etxebarria. Traduit de l'espagnol par Nicolas Véron (Héloïse d'Ormesson, 398 p., 23 E).

Je me suis plue dans l'univers étrange de l'auteure et l'intrigue m'a tenue collée au livre.J'ai aussi beaucoup appris sur Ténérif. Un extrait du livre ci-dessous:

"Chez beaucoup de jeunes, l'influence des drogues et de la tradition est tellement forte, la peu rest tellemnt grande de se sentir rejeté, ou ridicule, ou indigne, ou ingrat, le poids des responsablilités tellement écrasant sitôt qu'ils essaient de prendre leur autonomie, leur ignorance tellement profone à force d'avoir entendu toute leur vie tous ces mensonges sur le passé ou le présent, qu'ils ont rarement le courage pour s'affirmer, pour manifester leur volonté à eux, leurs idées, leurs désirs, leurs fantasmes"

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Les Petites Mères Sandrine ROUDEIX

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Un bijou, une pépite ce petit livre! Ce deuxième roman d'une jeune auteure nous parle des femmes amoureuses, délaissées, des mères d'enfant non voulu qui sont celles de sa famille, arrière-grand-mères, grand-mères et mère.

 

En attendant l'arrivée de Rose qui vient présenter Martin son amoureux, elles se dévoilent à elle-même et au lecteur dans leur monologue et se préparent à recevoir "la pequena".

 

Petite merveille, qui laissse des traces, même si ce n'est pas le "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir.

 

L'écriture glisse harmonieusement comme les événements sur les personnages même quand cela griffe et fait mal....

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